Comment guérit une psychanalyse ? Un apport des neurosciences

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(0) 20/04/2014 12:13h
Comment guérit une psychanalyse ? Un apport des neurosciences

Il existe de nombreux facteurs thérapeutiques généraux, communs à toutes les écoles de psychothérapie, qui sont très connus : l’empathie du psychothérapeute, son authentique désir d’aider, le fait pour le patient d’être accepté tel qu’il est, d’être écouté attentivement, la régularité dans le contact avec une autre personne, etcetera.
 
Il en existe beaucoup d’autres, spécifiques à la psychanalyse ; les uns, familiers depuis longtemps, les autres, toujours insuffisamment éclaircis, que nous étudions pour mieux les cerner. Dernièrement, nous nous approchons d’une meilleure compréhension d’un de ces facteurs thérapeutiques.
 
Parfois, les apports d’une autre discipline, comme les neurosciences, par exemple, nous permettent de trouver un parallélisme cérébral à une théorie psychanalytique de l’action thérapeutique qui a été maintes fois observée cliniquement, et avait été abondamment élaborée, mais dont les soubassements cérébraux demeuraient toujours mystérieux. Ceci est le cas de ce qui se présente pendant la reconsolidation de la mémoire, et spécifiquement des souvenirs traumatiques inconscients en ce qui concerne la psychanalyse. La première intuition de la reconsolidation de la mémoire fut de Freud en 1896 dans une lettre à Fliess. Les recherches neuroscientifiques commencèrent dans les années 60 et furent développées à partir de 2000 par Nader et al. Récemment Alberini (2013) a publié un livre sur le sujet.
 
Les thèses psychanalytiques
 
Commençons, alors, par les thèses psychanalytiques. Nous savons que nous avons tous la tendance à répéter dans le présent les modèles de comportement et les vécus que nous avons appris inconsciemment au sein des relations importantes de l’enfance et qui ont laissé des traces dans notre mémoire implicite. Ceci se manifeste toute la vie durant dans notre manière d’entrer en relation avec les autres, aussi bien positivement que négativement. Or, il existe une différence essentielle entre la forme de répétition des modèles de comportement positifs et négatifs inconscients.

Les modèles de relation positifs inconscients ont tendance, en général, à se reproduire de façon flexible ; c’est-à-dire, si l’autre personne avec qui l’on établit une relation ne correspond pas aux modèles de relation inconsciemment appris, nous pourrons le percevoir, nous adapter et modifier notre façon d’agir avec cette personne. 

En revanche, les traces inconscientes que laissent des modèles de relation négatifs inconscients  pendant l’enfance ont tendance à se manifester par des comportements rigides :  plus la trace provient d’une expérience traumatisante, plus elle se révélera de manière rigide, et plus on aura du mal à percevoir la réalité de la personne en face de nous et de nous adapter à elle. On aura tendance à répéter, à notre insu, la mauvaise expérience relationnelle ou le vécu traumatique. Au lieu d’être passé, le passé continuera à exister dans le présent, l’envahira et empêchera de vivre de nouvelles expériences, potentiellement bonnes. Cette répétition dommageable est souvent le motif de consultation des patients.

Pendant une psychanalyse, ces modèles négatifs de relations inconscients ou les vécus traumatiques apparaîtront de façon spontanée dans la manière dont le patient se comporte avec le psychanalyste. Grâce au cadre psychanalytique, à la neutralité de la psychanalyste, ces modèles pourront s’observer de façon beaucoup plus exacte que dans un autre contexte, et cela permettra au psychanalyste et au patient de découvrir comment quelque chose d’inconscient du passé est en train de se répéter ici et maintenant entre eux (et dans la vie quotidienne du patient) et ainsi rendre consciente la trace inconsciente dans un contexte émotionnellement significatif. Ceci ne change évidemment pas le passé, mais cela permet de s’emparer des aspects inconnus de soi-même, de travailler sur la trace pour l’associer à d’autres vécus et en réduire son pouvoir nocif, et, surtout, cela permet de sortir de la répétition néfaste. Le passé pourra devenir passé et le présent sera vécu plus librement.

Les découvertes de la neurologie
 
Que se passe-t-il, donc, au niveau neurologique ? Jusqu’à assez récemment le paradigme de la neurologie était qu’une fois que le cerveau s’était développé sa structure restait immuable. Or, de nouveaux outils de recherche, notamment l’imagerie par résonance magnétique, ont démontré que ceci n’est pas le cas, la structure du cerveau continue à changer tout au long de la vie en fonction des expériences vécues par la personne : les neurones migrent, forment de nouvelles connexions, en défont d’autres, certains faisceaux neuronales s’épaississent, d’autres diminuent. Nous appelons cela la plasticité cérébrale ; au lieu d’être une structure figée, le cerveau s’adapte comme un muscle. Les expériences forment le cerveau littéralement.

Alors, au niveau de la mémoire ce qui a été découvert par les neurosciences est que chaque fois qu’une trace mnésique est réactivée de manière émotionnellement significative elle est fragilisée et devient instable. C’est-à-dire, elle est susceptible d’être modifiée par l’expérience actuelle au sein de laquelle elle est réactivée. Cette modification sera d’autant plus remarquable si l’expérience actuelle n’est pas la même que l’expérience passée de la trace car la trace sera associée à quelque chose de nouveau. Ce processus se déroule lors de la reconsolidation de la mémoire. 

Il est ainsi possible de transformer la trace, non pas en l’effaçant, mais en l’associant à d’autres vécus. Cette découverte nous a permis de comprendre que la mémoire est en constante évolution et avec elle, le sujet aussi.

Un exemple
 
Faisons, donc, le lien entre la neurologie et la psychanalyse avec un exemple clinique concret : une personne qui a peur de la dépendance des autres aura très certainement des traces inconscientes de mauvaises expériences à ce sujet ; à un moment de sa vie où il était nécessaire qu’elle puisse dépendre intensément et en toute sécurité d’une autre personne (ce qui nous arrive à tous pendant l’enfance) elle aura senti qu’elle ne pouvait pas compter sur l’autre pour s’occuper d’elle. Cela aura laissé une trace inconsciente qui lie la dépendance à un danger et elle fera tout pour éviter d’être dépendante des autres en même temps qu’elle aura un grand besoin inassouvi de dépendance. Ce besoin et cette peur se répéteront, à l’insu de la personne, dans toutes ses relations et très probablement dans une psychanalyse si elle décide de se traiter. Ceci permettra au psychanalyste de lui signaler comment quelque chose d’inconscient est en train de se manifester ici et maintenant et faire le lien avec le passé. Mais, surtout, cela permettra au patient de vivre son intense besoin et sa peur de la dépendance au sein d’une relation fiable où le passée ne se répète pas ; c’est-à-dire, d’associer la trace traumatique à une nouvelle expérience non-traumatisante et ainsi réduire la force nocive de la trace originelle et diminuer sa tendance à la répétition. En un mot, cela permet de s’affranchir du passé traumatique.

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Psychanalyse internationale

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